ENTRETIEN AVEC GINTS ZILBALODIS, LE JEUNE RÉALISATEUR DE AILLEURS


22 septembre 2020

Nous avions récemment eu l’occasion de parler dans un article du film d’animation AILLEURS ; son réalisateur, le letton Gints Zilbalodis, revient avec nous sur la génèse de ce projet et nous livre quelques confidences dans cet entretien. Le film sera sur les écrans mercredi 23 septembre.


• Bonjour Gints et merci de nous raconter cette aventure assez exceptionnelle ! Ailleurs est votre premier film, un film réalisé tout seul, comment s’est déroulée cette aventure ?

 
Gints Zilbalodis : Je pense que ça s'est très bien passé. Bien sûr, cela a été parfois difficile, mais je suis content du résultat final. Je ne m'attendais pas réellement à ce qu'il obtienne autant de reconnaissance dans les festivals comme ce fut le cas ; ou qu'il sortirait en salles dans de si nombreux endroits. Cela me donne beaucoup de motivation pour mon prochain film. J'espère que plus de gens feront des films indépendants à une telle échelle ! Il reste encore beaucoup à explorer dans l’animation et les longs métrages grand public ne font qu’effleurer la surface du plein potentiel de ce médium.
 
• C’était un choix, vous aviez l’impression que ça serait trop long de chercher des aides, trouver un producteur ?
 
Gints Zilbalodis : Quand j'ai commencé à faire ce film, j'étais très inexpérimenté aussi ai-je pensé que je n'étais pas prêt à diriger une équipe ! Je voulais tout essayer moi-même et apprendre les bases. Et je pensais que je ne pourrais convaincre personne de me donner un budget et une équipe plus importants.
 
• Produire, préparer et mettre en scène votre film vous a pris combien de temps ?
 
Gints Zilbalodis : Le tout a pris trois ans et demi de la première idée à la fin de la post-production.
 
• Ailleurs est un film fantastique ou un film poétique ? On aime cette dimension liée à la poésie, aux images… C’est compliqué de donner cette sensation alors qu’on travaille seul sur ordinateur, sans peut être d’avis extérieurs ?
 
Gints Zilbalodis : Je pense qu’il est plus facile en fait de faire un film personnel et poétique quand on travaille à plus petite échelle. Lorsque le budget augmente, cela ajoute une pression supplémentaire pour que tout soit plus accessible à un public aussi large que possible et il y a alors un risque de perdre votre personnalité.
 
• Vos recherches, pour arriver à ce qu’on voit ou ce qu’on comprend, ce sont des idées qui vous viennent de vos lectures, de vos souvenirs ? Ou de choses que vous même en tant que spectateur vous auriez voulu voir ?
 
Gints Zilbalodis : Un peu de toutes ces choses. D’apparence c’est une histoire d’aventure très simple, mais elle traite également de sentiments qui me semblent très proches. De nombreux endroits sont inspirés de lieux réels dans lesquels j'ai voyagé. L'histoire pourrait en fait être interprétée comme une métaphore de la réalisation de ce film lui-même. Le personnage principal est seul dans un voyage qui paraît similaire à la façon dont j'ai travaillé sur Away.
 
• Comment avez-vous travaillé la musique, qui est un élément primordial de votre métrage ?
 
Gints Zilbalodis : Avant cela, je n'avais aucune expérience de la musique. Je ne joue toujours d’aucun instruments et je ne peux pas lire les partitions. Mais je pensais que cela profiterait réellement au score. Je voulais que ce soit très simple et composé de motifs en couches. Ce qui est similaire aux visuels et à l'histoire du film. La musique a été créée avant la fin de l'animation. La musique guidait le tempo du montage et n’en était pas gênée. Parce qu'il n'y a pas de dialogue dans Away, la musique doit jouer un rôle plus important que dans un film traditionnel. Mais cela peut aussi avoir un impact plus important car elle n’a pas besoin de concurrencer le dialogue.
 
• Comment avez-vous travaillé les séquences : vous avez utilisé des animations rapides pour installer les ambiances ? Vous dessinez ?
 
Gints Zilbalodis : J'ai dessiné quelques illustrations conceptuelles avant de commencer, mais beaucoup moins que ce qui serait fait sur une production normale. Je pouvais sauter de nombreuses étapes de la production parce que je n’avais pas besoin d’expliquer mes pensées à quiconque. Il n’y avait pas de script fini ni même de story-boards. J'avais un plan global pour l'histoire mais les détails voyaient le jour au fur et à mesure que je les animais.
 
• Quelle expérience retirez-vous de cette aventure ? Vous avez envie de continuer dans l’animation en travaillant avec un studio peut être ?
 
Gints Zilbalodis : Dans l'ensemble, ce fut une expérience agréable, mais mon prochain film sera plus grand et plus compliqué ; aussi j'essaierai de travailler avec une petite équipe cette fois.
 

Merci à Gints Zilbalodis pour s’être prêté bien volontiers à ces échanges par mail et nous espérons le revoir très bientôt !


Sylvain Ménard, septembre 2020