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‘Amour apocalypse’… quel titre ! Et tout est dit dans ces deux mots qu’Anne Émond, avec subtilité et empathie, nous décline en brossant un incroyable portrait masculin, porté par son acteur principal, l’épatant Patrick Hivon
20 janvier 2026 - 09:01
Le nouveau film d’Anne Émond, ‘Amour apocalypse’, signe nos retrouvailles avec une réalisatrice qu’on avait découverte il y a quelques années - en décembre 2019 pour être exact - une de ces personnes, qui, lorsqu’elles s’attaquent à un sujet, nous offrent le meilleur, la sensibilité en plus.
Aussi pour nous, spectateurs, c’est un peu comme avoir l’opportunité de retrouver une ‘copine’, une ‘amie’, une réalisatrice que l’on aime pour ses portraits sensibles, la photographie soignée de ses films et la tendresse qu’elle apporte au sujet qu’elle traite.
Réellement atypique et rarement montré à l’écran sous cette facette-ci, le personnage central, Adam, une personne qui a peur d’aller vers les autres, qui a peur du conflit et qui s’enferme dans une sorte de solitude ; est la somme de nombre de nos angoisses, de nos questionnements, le tout réuni en une seule personne. Mais loin de n’être qu’un catalogue de pathologies diverses, d’anxiétés révélées ou relevant des peurs que suscitent quantité de choses et d’évènements auxquels nous sommes confrontés - et Adam a une peur panique de la vie et des autres, du monde dans lequel nous vivons et du dérèglement climatique - ; l’histoire propose de nous inclure dans sa vie et de le voir évoluer.
Toute la force du scénario d’Anne Émond, est alors de réussir à installer un petit miracle d’équilibre sans pathos, sans se moquer de son personnage, mais en l’accompagnant et en le montrant tel qu’il est et tel qu’il souhaiterait être.
Et ajoutons qu’il est agréable de voir une réalisatrice s’attaquer à un aussi beau portrait masculin. Ce n’est pas rare à ce point, mais cela reste suffisamment anecdotique pour être souligné.
De l’impossibilité à communiquer, en passant par la recherche de l’âme sœur, ou peut-être tout simplement en quête d’une oreille attentive ; la réalisatrice nous happe dans son histoire touchante et réfléchie, où elle se joue de certains codes, osant le rire et la dérision, nous touchant avec sa sincérité et son espoir en l’amour, y ajoutant comme une petite touche d’insouciance qui transparait par instant.

On se souvient de son film ‘Jeune Juliette’, qui nous avait totalement enthousiasmé et mis du baume au cœur, un « Feel, Good movie » comme on les aime ; et ici, sans atteindre tout à fait à la même dimension ou à la même notion, c’est l’humanité qui est évoquée. Ce sont nos peurs et nos craintes, des plus intimes au plus révélatrices, qui sont au cœur du propos et qui au final nous offrent ce grand et beau portrait d’un être figé dans son ‘univers’, attentif mais surtout craintif.
Avec beaucoup de tendresse, la réalisatrice évoque un monde qui souvent nous échappe, celui de personnes qui ne se sentent pas comme les autres, celui d’êtres qui souffrent et peinent à exprimer où se situe leur souffrance, et pourquoi ils la ressentent. Et finalement, elle nous pose à nous la question essentielle : mais que ressentons-nous ?
Au delà du message tangible, s’en cache un autre moins évident mais plus pressant quant à l’état de notre planète et aux relations que nous entretenons les uns avec les autres. Si l’actualité nous désespère fréquemment, soyons heureux d’avoir des réalisateurs ou des réalisatrices qui osent s’affranchir de certains codes, lançant un avertissement tout en nous propulsant dans leur création, non exempte de défaut, mais assurément plus joyeuse !
Il y a au demeurant dans le film d’Anne Émond un dernier message qui nous échapperai presque quant à l’impact que peuvent avoir des personnes telles qu'Adam, qui finalement, réussissent à éveiller les autres à leur problème, ainsi qu’à des choses qui, en général, nous laissent indifférent. Un beau message d’humanité et un beau message de compréhension.

Un dernier mot sur ce cinéma. Il est évident que regarder tous les films, tout connaître, relève de la gageure ! Mais à nos yeux, nous avons souvent trouvé de très beaux sujets dans le cinéma québécois, des histoires originales et différemment traitées.
Nous nous étions déjà attardés sur ‘Chien Blanc’ de la réalisatrice Anaïs Barbeau-Lavalette ; ‘Le Déserteur’ de Maxime Giroux ; ‘Jeune Juliette’ d’Anne Émond (le voici) ; sur ‘Je m'appelle Humain’ de Kim O'Bomsawin (membre de la communauté d'Odana) ; ‘Nadia Butterly’ de Pascal Plante ; ‘La Déesse des mouches à feu’ d’Anaïs Barbeau-Lavalette ; ‘Invincible’ de Vincent René-Lortie ; ‘Dissidente’ de Pier-Philippe Chevigny ; sans oublier le remarquable ‘Dis-moi pourquoi ces choses sont si belles’ de Lyne Charlebois ; et le non-moins remarquable film d’animation ‘La Mort N’existe Pas’ de Félix Dufour-Laperrière !
Nous vous invitons à découvrir certains de ces titres - si ce n'est déjà fait -, reflets d'un autre cinéma et de thèmes souvent montrés d'une autre façon, à l'aune d'une culture différente.
Synopsis : Propriétaire d’un chenil, Adam, 45 ans, est co-anxieux. Via la ligne de service après- vente de sa toute nouvelle lampe de luminothérapie, il fait la connaissance de Tina. Cette rencontre inattendue dérègle tout : la terre tremble, les cœurs explosent... c’est l’amour !
Sylvain Ménard, janvier 2026
Casting :
ADAM : Patrick Hivon
TINA : Piper Perabo
ROMY : Élizabeth Mageren
EUGÈNE : Gilles Renaud
FRANK : Éric Kamala Boulianne
SCOTT : Gord Rand
TOM : Connor Jessup
ROSE : Leona Son
TAYLOR : Sienna Feghouli
DENIS : Denis Houle
SIMON : Jean-Carl Boucher
RENÉ : Benoît Mauffette
CATALINA : Arlen Aguayo Stewart
M. VEILLEUX : Martin DubreuilTechnique
RÉALISATION ET SCÉNARISATION : Anne Émond
IMAGE : Olivier Gossot
CONCEPTION VISUELLE : Sylvain Lemaitre
ASSISTANCE À LA RÉALISATION : Cédrick Kluyskens
DISTRIBUTION DES RÔLES : Nathalie Boutrie, Jon Comerford, Hannah Antaki, Stephanie Holbrooke
CRÉATION DES COSTUMES : Patricia McNeil
MAQUILLAGE : Marie Salvado
COIFFURE : Nermin Grbic
MONTAGE : Anita Roth
SON : Stephen de Oliveira, Sylvain Brassard
MUSIQUE ORIGINALE : Christophe Lamarche Ledoux
ÉTALONNAGE : Jérôme Cloutier
EFFETS SPÉCIAUX : Louis Pedneault
EFFETS VISUELS : Olivier Masson
DIRECTION DE POST-PRODUCTION : Maëva François, Mélanie Gauthier
PRODUCTION : Metafilms Sylvain Corbeil
PRODUCTION EXÉCUTIVE : Anne Émond, Isil Gilderdale, Emily Harris, Donovan M. Boden, Harland Weiss, James Cunnigham, Dominic Thomas
DIRECTION DE PRODUCTION : Marie-Claire Lalonde
Liens :
La chronique de JEUNE JULIETTE : https://www.cinemaradio.net/news/jeune-juliette-la-surprise-de-cette-fin-dannee-153
L’interview : https://www.cinemaradio.net/news/jeune-juliette-linterview-de-anne-emond-154
