Look semi-métalleux, dynamisme implacable et coolitude extrême, Bear McCreary incarne la définition même de la passion ! Une passion - mais surtout un talent - qu'il met à disposition du cinéma, des séries et même des jeux vidéos depuis 1998, conjuguant l'épique au merveilleux avec une habilité déconcertante. Ajoutez à cela des influences rock et métal et vous obtenez le candidat idéal pour galvaniser les milliers de festivaliers assoiffés de pop culture et de musiques celtiques - nous y compris. Après un check amical et de généreuses dédicaces à l'issue d'une rencontre organisée, le compositeur, alors en plein préparatifs du concert de clôture auquel nous allons assister, se lance dans une masterclass immersive, évoquant aussi bien son parcours (ce fut un ancien élève d'Elmer Bernstein), ses influences (John Williams, Basil Poledouris, Jerry Goldsmith, Shirley Walker en têtes) que son processus artistique (l'écriture mélodique et harmonique, la création d'émotions), qu'il ponctue par de nombreux morceaux joués au piano, berçant la salle par ses mélodies enivrantes. Parmi cette sélection uniquement centrée sur la musique de la (très controversée) série Les Anneaux de Pouvoir - son magnum opus avouons-le - on retrouve le thème de Galadriel, auréolé de grandeur et de noblesse, le thème martial de Khazad-dûm, évoquant la puissance pharaonique du royaume des nains, le thème mystérieux de "The Stranger" alias Gandalf, ou encore le thème palindromique de Sauron, dont les notes forment plusieurs boucles qui se referment, lesquelles symbolisent la circularité des Anneaux magiques ; comme son concepteur se plaît à nous l’expliquer. Voir et entendre McCreary jouer les highligts de ce score monumental pour nous révéler la complexité de leur construction ne pouvait guère plus nous galvaniser, et nous conforter davantage dans l'idée qu'il est sans aucun doute le digne héritier d'Howard Shore. Dommage cependant que sa présence limitée et le timing serré ne nous aient pas permis de décrocher une interview car, il y avait encore beaucoup de choses à creuser sous le prisme de notre regard expert (sans prétention aucune). Aussi, la masterclass aura été une occasion de découvrir que l'artiste s'est lancé dans la conception d'un roman graphique depuis 30 ans avec The Singularity, mélange de hard rock aux influences cinématographiques, qu'il nous a remis en main propre dans un exemplaire dédicacé, et pour lequel il a également écrit une trame musicale afin d'approfondir l'expérience du lecteur (l'album The Singularity, sorti en 2024). En somme, la transition parfaite pour patienter dans la file d'attente du concert...
Tandis que le concert d'ouverture du festival Echos et Merveilles s'inscrivait dans la lignée de sa tournée européenne (à l'aspect rock band) le concert de clôture voulait marquer le coup avec une collaboration inédite entre Bear McCreary et le Neko Light Orchestra, déjà bien expérimenté dans les réinterprétations de BOs cultes (nous avions déjà assisté au fabuleux concert Harry Potter en Janvier 2019 à la Halle aux Grain de Toulouse où la magie était au rendez-vous !). Une seule instruction ("surprenez-moi les gars" !) et voilà que les membres de l'orchestre se confrontaient à des choix cornéliens pour nous concocter une setlist digne de ce nom, pour la majorité inédite, qui a fait l'objet de multiples répétitions avec le compositeur himself (imaginez la pression mais aussi le bonheur des musiciens !). On saluera d'ailleurs leur volonté de privilégier des suites d'univers musicaux ciblés à une quantité de morceaux divers et variés issus de sa vaste carrière, à l'image du détonnant medley des Anneaux de Pouvoirs qui ouvre le bal, enquillant les thèmes épiques avec une singularité surprenante (mentions spéciales à "Nolwa Mahtar" et "Khazad-dûm"). Car oui, le Neko Light Orchestra s'accapare ses œuvres cultes dans leur style bien à eux, en fusionnant plaisir et passion à travers leur interprétation remarquable, bien que certains thèmes puissent parfois paraître difficilement reconnaissables.
Pendant ce temps, Bear McCreary, absent de la scène, se fait longuement désirer mais prépare une entrée fracassante grâce au thème entêtant de Black Sails, entonné avec frénésie sur les deux fronts, avant de nous téléporter au cœur de l'Ecosse avec Outlander (dont la chanson Skye Boat Song est originellement chanté par sa conjointe Raya Yarbrough), puis de jouer la nostalgie avec le générique mythique de The Walking Dead, dont les essaims de cordes laissent craindre une invasion de zombies imminente dans la salle du Bascala (quelle série dingue quand on y repense!). N'oublions pas non plus le thème de Da Vinci's Demons et de sublimes variations de God of War, qui ont su ravir les gamers adeptes de mythologie. Enfin, la dernière partie se voit consacrée à ce que l'on pourrait considérer comme la BO phare de McCreary, dans la mesure où elle l'a propulsé au rang de compositeur le plus prometteur de sa génération, à savoir Battlestar Galactica, une œuvre détonante que les musiciens se plaisent à jouer avec virtuosité (mention spéciale à "Prelude to War"). Quant à lui, McCreary démontre être un musicien incroyablement versatile, enchaînant la vieille à roue (qu'il arbore fièrement sur le poster de sa tournée), l'accordéon, la guitare électrique, la batterie et le piano avec vivacité. On vous l'a dit : la passion est au cœur de son art !
David-Emmanuel - Le BOvore
Mai 2025
Remerciements : Marie-Ange pour son accueil et son professionnalisme mais aussi Jérôme (alias Mr Stoub Photographie) pour avoir immortalisé cette belle aventure par ses superbes clichés !