L’échappée belle qui entraînera Ester et son fils David, accompagnés d’une jeune femme ramassée au bord de la route, c’est un peu comme un rayon de soleil, une bouffée d’indépendance, un moment échappé au temps et aux contraintes.
Alors au risque de dévoiler trop de l’intrigue, nous ne nous appesantirons pas sur les péripéties qui émaillent le récit ; entre drame de la vie ordinaire et épreuves qu’elle nous impose ; le récit oscillant entre une épopée qui se verrait joyeuse, et dans le même temps d’une grande complexité du fait des responsabilités et du poids de la charge !
La réalisatrice insiste beaucoup sur la solitude de cette mère, sur les devoirs qu’elle s’impose, et nous offre à nous spectateurs ce qui nous apparaît être comme son chemin de croix. Et en soulignant un peu trop les besoins de son personnage central, la réalisatrice s’oublie, mettant l’accent sur des choses qui nous paraissent évidentes, mais qui ne sont pas sans ralentir l’action.
Mais son étude d’un personnage en permanence au bord du gouffre - dans un traitement finalement assez clinique, mais très inspiré, parce que plein d’amour - nous permet d’assister néanmoins à de beaux moments. Rappelons qu’il s’agit seulement du premier long métrage de la réalisatrice Zuzana KirchnerovaÌ, et qu’elle s’inspire ici de sa propre expérience.
Aussi assistons-nous à de rares moments de plénitude - comme des instants de paix qui surgissent ici et là - ainsi qu’à d’assez rares moments de colère ou d’égarement, qui définissent en quelque sorte, ce qu’est la vie de cette femme, de cette mère aimante, dépassée mais résiliente. De façon très prégnante, c’est la sensation d’abandon qui nous frappe. Et au fur et à mesure, s’esquisse par petites touches le portrait touchant, parfois tendre, et en même temps empli de confusion et de désespoir d’une mère, dépassée par les évènements et par sa détresse sans fond.
Sur un sujet éminemment complexe, dont nous savons pertinemment qu’il reste un ‘vrai’ sujet de société, qui aujourd’hui n’apporte toujours pas de réponses à la souffrance morale des parents, Zuzana KirchnerovaÌ, réussit à nous offrir un film intense et sensible.
Une remarque concernant le jeune acteur qui incarne David…
En tant que spectateur, et parce qu’il s’agit d’un film, nous serons restés sur notre faim quant au personnage de David, le jeune acteur nous ayant semblé peu convaincant ou tout du moins, ne provoquant guère de sympathie ou d’empathie.
Synopsis : Ester eÌleÌve seule David, son fils atteint d’une deÌficience intellectuelle. Cet eÌteÌ, elle reÌve d’un peu d’insouciance chez des amis en Italie. Mais apreÌs une crise de David, la tension monte, et ils se retrouvent exileÌs dans une vieille caravane au fond du jardin. C’en est trop pour Ester. Sur un coup de teÌte, ils prennent la route. Quand Zuza, jeune routarde sans preÌjugeÌs, embarque aÌ leurs coÌteÌs, un trio bancal mais sinceÌre se forme, entre joie fragile et liberteÌ inattendue.
Sylvain Ménard, avril 2026
Long-meÌtrage, 1h42, TcheÌquie, Slovaquie, Italie (2025)
CASTING
ESTER : AnÌa GeislerovaÌ
DAVID : David Vodstrcil
ZUZA : JuliaÌna BrutovskaÌEQUIPE TECHNIQUE ET ARTISTIQUE
ReÌalisatrice : Zuzana KirchnerovaÌ
Auteurs : Zuzana KirchnerovaÌ, TomaÌsÌ Bojar, Kristina MaÌjovaÌ
Image : Simona Weisslechner, Denisa BuranovaÌ
Son : KlaÌra JavorÌiÌkovaÌ
DeÌcors : Cristina Bartoletti
Costumes : Zuzana MazaÌcÌovaÌ
Eclairage : Rost Vasylyev, JirÌiÌ NavraÌtil
Montage : Adam BrothaÌnek
Musique : Aid Kid, Viera MarinovaÌ
Producteurs : Dagmar SedlaÌcÌkovaÌ, Jakub ViktoriÌn
Coproducteurs : Carlo Cresto Dina, Ilaria Malagutti, Manuela Melissano (Tempesta, IT), Czech Television, Slovak Television and Radio, Amygdala Pictures, Innogy