Comme à son accoutumée sur un tel sujet, Jérôme Lemonnier nous invite à découvrir des morceaux doux et souvent emprunts de mélancolie, des passages qui nous procurent des sensations - qui au même titre que ces animaux marins glissent avec majesté dans les océans - nous immergent dans des sonorités lentes avec ses thèmes si clairs et si distincts, nous procurant comme des frissons de plaisir, celui de l’auditeur conquis !
Si on garde à l’esprit le terme de ‘minimaliste’ lorsqu’on évoque la musique qu’il écrit sur de tels sujets ; comme il me l’a confié, qu’on pense à Philip Glass à certains moments ne lui déplait pas, bien au contraire.
Ce qui nous conduit à cette comparaison, c’est ce qui nous paraît être comme une appartenance à un mouvement musical référencé ; et qui nous marque ici.
Car de fait, le minimalisme à ce niveau, n’est que la façon d’exprimer les émotions musicales de l’instant, qui pour leur part relèvent toujours d’une écriture et d’une pensée construite ; et nul doute que chez Jérôme Lemonnier elles relèvent d’une forme d’art tant les morceaux - on pense immédiatement à « Braconnage » - s’inscrivent dans ce mode narratif si spécifique.
Un bel album équilibré, sensible et beau, où notre compositeur s’essaie presque au concret avec les sonorités que nous dévoile « Sous Bonne Escorte », ou au travers de passages qui deviennent troublants dans leur ressemblance avec des sonorités sous-marines.
Parfois atmosphérique, comme c’est le cas avec le début de « Europa », ou carrément poétique sur « Eveil », il nous amène dans un monde où les notes renvoient aussi aux classiques modernes français. Et curieusement, je continue à m’interroger sur ma perception et ces fameuses notes qui me feraient penser à Erik Satie ! Après tout que certains compositeurs modernes ‘touchent’ à la sensibilité d’un Satie, qui trouverait à y redire ?
Mais discutez avec Jérôme Lemonnier et vous aurez déjà un élément de réponse car c’est un homme cultivé et sensible… et les compositeurs comme lui ont bien évidemment des références ; des modes qu’ils utilisent, des accords qui leur viennent et nous semblent alors proches de tel ou tel ‘classique’ !
Une belle œuvre, dans l’immédiat à l’écoute sur les plateformes ; mais dont on souhaiterait une édition physique, et pourquoi pas qui réunirait les deux albums ?
Sylvain Ménard, janvier 2024
Des baleines, des tortues et des hommes (01/2024)
Label : Jérôme Lemonnier
01. L'antarctique 02:09
02. Des baleines, des tortues et des hommes 01:40
03. Intimité 05:44
04. Un fragile équilibre 01:32
05. Réserve marine 01:06
06. De passage 01:52
07. Au large des Comores 02:51
08. Braconnage 02:06
09. Itsamia 03:12
10. Sous bonne escorte 03:10
11. Europa 03:43
12. Mission accomplie 01:59
13. Eveil 04:59
14. Les frégates 01:09
15. Destins liés 01:18