Face à la complexité liée au fait d’être une veuve en Jordanie, le réalisateur brosse le portrait d’une femme seule avec son enfant, confrontée à la lourdeur d’une administration et d’un système qui ne reconnait quasiment rien aux femmes. Face à ce constat implacable, loin de ne montrer qu’un « chemin de croix », celui de son personnage central, Amjad Al Rasheed dont c’est là le premier film, réussit à nous captiver et à nous donner des points d’ancrages afin de comprendre les situations.
Car avouons que de notre point de vue occidental, souvent étriqué, il nous fallait réussir à intégrer les choses, les assimiler, sans toutefois juger alors même que nous peinons à les comprendre.
Et par le biais des petits échanges, des mots qui amènent aux disputes, des discussions parfois âpres, le réalisateur dresse ce portrait sans concession d’une société qui souhaite évoluer, mais qui continue à vivre selon des lois édictées par et pour des hommes.
Société patriarcale, la Jordanie l’est, mais ne nous leurrons pas, sous des dehors plus policés notre occident n’est guère plus reluisant. C’est sans doute ici que la perception que nous avons de INCHALLAH UN FILS semble aller vers une forme d’universalité, dans la dénonciation des problèmes rencontrés par les femmes, dans ce combat pour l’égalité des sexes.
Un film particulièrement intéressant, de par son sujet, mais également au travers de sa mise en scène, de sa mise en images et du soin apporté aux plans à la photographie soignée. Les cadrages sont très travaillés et ‘profonds’, on est sur du cinéma. On sent l’envie de sortir des standards parfois faciles qu’on associent aux films moyens-orientaux. On parlera aussi du soin apporté aux divers rôles ; avec une mention toute spéciale à l’actrice palestinienne qui incarne « l’héroïne » du film. Car héroïque il faut l’être pour se battre contre des mentalités et une société ou l’homme est tout, pour s’opposer à une culture qui au nom de dieu écrase les femmes.
Sylvain Ménard, mars 2024
* Nous avions parlé du superbe thriller LE PION DU GÉNÉRAL, du jeune réalisateur indonésien Makbul Mubarak. Un premier film très prometteur, sorti le 21 février.
Technique
ReÌalisation : AMJAD AL RASHEED
SceÌnario : AMJAD AL RASHEED, RULA NASSER, DELPHINE AGUT
Image : KANAMEÌ ONOYAMA (AFC)
Montage : AHMED HAFEZ
Son : NOUR HALAWANI
Costumes : ZEINA SOUFAN
DeÌcors : NASSER ZOUBI
Coiffure et maquillage : FARAH JADAANE
Musique : JERRY LANE, ANDREW LANCASTER
Une production : THE IMAGINARIUM FILMS, RULA NASSER, ASEEL ABU AYYASH
Coproduit par : BAYT AL SHAWAREB, YOUSEF ABED ALNABI, GEORGES FILMS, RAPHAEÌL ALEXANDRE, NICOLAS LEPREÌTRE
Casting
Nawal : MOUNA HAWA
Rufqi : HAITHAM OMARI
Lauren : YUMNA MARWAN
Souad : SALWA NAKKARA
Ahmad : MOHAMMAD AL JIZAWI
Hassan : ESLAM AL-AWADI
Noura : SELEENA RABABAH
Crédits photos : © Georges Films / Pyramide distribution