Bande Originale : Howard Shore & The Lost Prince


21 février 2020

Probablement n’attendait-on pas Howard Shore sur le dernier film de Michel Hazanavicius, Le Prince oublié, tout juste sur les écrans… Histoire d’un père amené à se réinventer pour pallier à l’éloignement de sa fille qui grandit, lui qui lui contait chaque soir pour l’endormir une histoire ; nous sommes confrontés au devenir de tout parent. C’est la vie qui fait son chemin et la perte de cette « enfance » qui ne touche pas que les enfants mais bien également les parents ! Le message choisi par Hazanavicius est donc de développer cette quête, celle qui peut pousser un père à se chercher et à se retrouver dans le regard de ses enfants, même (et surtout) lorsqu’ils grandissent.

De la part d’un compositeur aussi inspiré et talentueux que Howard Shore et qui a su tant nous émerveiller, on reste à chaque fois dans l’attente d’un nouveau grand score, de ce renouvellement, de cette abondance, de cette beauté qui doivent toujours plus nous émouvoir. Aussi son implication sur le film de notre compatriote aura pu nous intriguer. Non pas que la dimension magique ne puisse être un lien commun, une passerelle, mais plus parce que la filmographie de Michel Hazanavicius paraissait ne pas s'y prêter.

Alors soyons objectifs, ce n’est pas son plus grand score, mais c’est un score qu’on imagine plutôt de commande avec un impératif précis, celui de coller aux rêves du réalisateur et aux péripéties d’une histoire sacralisant ce que nous avons fait de mieux… nos enfants… enfants qui seront obligés de devenir des adultes et surtout comment les voir grandir ! Car grandir est certes compliqué, mais laisser grandir l’est tout autant. Sur cette trame et au travers de cette nostalgie assumée, Howard Shore développe des thèmes assez courts et incisifs (une bonne moitié de morceaux entre 1'10 et 1'50), portés par des instruments traditionnels et récurrents d’une forme de motifs liée à ces périodes. Si nous croyons discerner des airs qui renvoient au cirque et à l’émerveillement, c’est bien parce que ce thème précis est ici, comme ce petit côté à la « Amélie Poulain » (l’accordéon), ou bien au travers des instruments utilisés sur une certaine forme de tempo. Il y a également une ambiance assez festive qui ressort de l’écoute de la musique soulignant la poésie (un mot qui revient à la mode) de la magie, comme lorsqu’on était enfant et qu’on assistait à des numéros de cirque, des choses que l’on avait pas l’habitude de voir.
Mais on y retrouve l’enthousiasme de l’homme qui composa les deux trilogies que sont Le Seigneur Des Anneaux et Le Hobbit, celle des grands mouvements ("Earthquake!", "La princesse est en danger"), nous rappelant que nous sommes bien en présence de merveilleux et de fantaisie. D’ailleurs sur "La princesse est en danger" certains arpèges et motifs nous font profiter de courtes phrases semblant émaner du Seigneur Des Anneaux.

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Si l’on peut être déçu quelque part de ne pas retrouver Shore sur une production épique et grandiose, avec chœurs et orchestre dithyrambique, on ne peut qu’admirer le talent de l’homme qui se remet en question et nous offre un opus joyeux et parfois guilleret, qui s’il n’est pas sans nous rappeler certains scores, du Petit Nicolas à Boule et Bill - et j’en oublie - nous embarque avec lui. Et ceci est probablement du au fait que nombre des films cités précédemment véhiculent la même émotion, le même plaisir, cette nostalgie en fait ; et avouons-le sans ambages, Howard Shore réussit à nous émouvoir de même avec cette épopée poétique, emplie de moments qui font remonter ces souvenirs d’enfance et ces sentiments vrais.

L’album est édité par HOWE Records, label maison qui reprend l’intégralité des musiques du maître.

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The Lost Prince Soundtrack (Howard Shore / HOWE records)
Ttp: 49:42
01. Le Prince Oublié (2:16)
02. Le monde des histoires (3:14)
03. Le grand studio (1:09)
04. Le passé, le présent et le futur (1:48)
05. Le Prince apparaît (1:07)
06. Histoire finie, avant même de commencer (1:04)
07. La femme à la porte (1:51)
08. Sofia se retourne le dos (1:04)
09. Pritprout (1:29)
10. On reprend le plan (1:31)
11. Sur la pointe des pieds (1:10)
12. Des rôles pour tout le monde (2:40)
13. Earthquake! (2:01)
14. La Princesse est en danger (3:15)
15. Les Oubliettes (3:35)
16. La Reine Mère (3:22)
17. Un cœur vaillant (2:49)
18. C’est fini pour de bon (1:51)
19. Ça y est (2:03)
20. C’est l’histoire des Oubliés (4:33)
21. Tell Me a Story (3:01)
22. Fantine : Papa (2:50)


Sylvain Ménard, février 2020