Coup de gueule ou ras le bol. Pourquoi la critique mesquine devient la seule façon de s’exprimer ? (Glass & consorts…)

23 janvier 2019

A l’occasion de la sortie de Glass, suite directe de Split (et avant ce dernier, de Incassable), j’aimerais revenir sur un phénomène assez répandu et malheureusement trop courant. Le monde est ouvert (trop sans doute) et de ce fait tout un chacun se fend de sa critique, contribution aussi éphémère que définitive. Sans aller jusqu’au pamphlet sociétal et sans s’essayer au discours philosophique, n’est-il quand même pas curieux de constater cette débauche d’énergie au service du négatif, dans des proportions qui souvent sont navrantes. Si l’on constate assez facilement que notre civilisation moderne s’éloigne de plus en plus de ce qui est vrai, et n’arrive à exister que dans le conflit ; il est évident que le dénigrement ou la méchanceté gratuits paient mieux que la courtoisie et le respect de l’autre et de son œuvre (phénomène bien visible sur le petit écran).

Que certains n’aient ni culture ni mémoire (cinématographique), nous pouvons l’admettre, mais quand je lis - et on ne parle que de critiques sur blogs ou sur des sites dédiés au cinéma - « oui, ça fait trop longtemps, presque vingt ans et comment accrocher le spectateur, etc… » Là, je me dis qu’il y a un problème majeur ! Ce n’est pas du cinéma popcorn… on ne va pas voir un énième Marvel (qu’il soit bon ou pas), on est sur un cinéma d’auteur - ce que Shyamalan reste, malgré quelques échecs ou scénarios faciles. Ce que Split avait fait ressurgir fort intelligemment il y a deux ans, ce que Split ouvrait comme perspectives, tout ou presque se trouve là… Qu’on aime ou pas le traitement, la lenteur (qui est normale chez Shyamalan), le double retournement et les révélations finales… tout tend dans une direction spécifique. Alors, oui, il est vrai que le twist final nécessite des approfondissements, des éclaircissements. Est-ce que cela nuit au film? Probablement non, ni même au jeu des acteurs - ils sont tous aussi excellents, du premier au second ou dernier rôle.

Alors ces critiques traduisent à mon humble avis une évidente facilité qu’on peut reprendre ici sous cette forme bien connue : La critique est aisée, mais l'art est difficile ! La prolifération des réseaux, des sites divers où s’établissent les uns et les autres dans des postures souvent extrêmement négatives, ne cesse de me surprendre. J’ai opté pour une solution simple, critiquer oui, construire également ; ceci induisant d’essayer d’être honnête et ne pas « torcher » en quelques lignes une chronique.

C’est la raison pour laquelle j’avoue être plus à l’aise avec les commentaires de Première qui souligne ce que nous apporte le film, ou celles d’autres journaux ou revues qui s’étendent avec intelligence sur la dimension spéciale du cinéma de Shyamalan et de sa conception d’un certain monde. Et ce n’est pas parce qu’ils semblent apprécier le film, non, je pense que c’est parce qu’ils font un véritable travail de journalistes et de cinéphiles, ne remplissant pas juste des cases ou donnant l’impression de s’être ennuyés en allant voir ces métrages !

Je terminerai en disant que le droit d’aimer ou de ne pas aimer signifie simplement exercer son libre arbitre, mais en sachant rester dans un contexte respectueux et clair. J’ai vu de nombreux témoignages de personnes lassées de ces attaques ou critiques ; parmi les derniers films en ayant fait les frais, on peut citer bien sûr les épisodes VII et VIII de Star Wars. Et compte tenu de la sortie en fin d’année du chapitre conclusif, l’épisode IX tant attendu, sachez que les critiques (omniscientes, vous vous en doutez) ont déjà vu le film, savent ce qu’il vaut et seront ravies d’un plantage « annoncé »…
Et là, on ne peut s’empêcher de penser au classique « chronique d’une mort annoncée » qui soulignerait ici non pas une fatalité, mais plus une volonté de nuire et d’être négatif ; et surtout d’entériner ce qui constitue le plus gros défaut de notre civilisation moderne, le jugement et l’absence de retenue.

Retrouvez très prochainement la critique de Glass en podcast sur CinémaRadio.

Sylvain Ménard