Critique du film SOUMAYA

13 février 2020 à 14h00

Soumaya, cadre dans une société travaillant aux aéroports de Paris, est licenciée suite à la perquisition administrative - un mot assez cruel si on y réfléchit bien - qu’elle a subit. Ce métrage de Ubaydah Abu-Usayd et Waheed Khan décide de porter à notre connaissance une histoire vraie qui fit suite aux attentats terroristes qui frappèrent la France.

Suivant le combat de Soumaya afin de retrouver son honneur, nous sommes confrontés à deux axes de réflexion. Le premier est de montrer Soumaya dans sa vie, avec sa mère et son frère, ne pratiquant quasiment pas, Soumaya étant la seule finalement à porter le voile, mais chez elle, portrait d’une femme banale, aimante, entourée de sa fille, sa mère et son frère.
Le second est de montrer le côté répressif de la justice, les incompréhensions, et l’image que cela renvoie, celle d’une communauté, celle d’une religion, au sein de laquelle évoluent des terroristes dans ce contexte actuel et moderne.
Là nous touchons au débat, celui qui occupe toute une classe politique depuis des décennies, et celui qui intéresse les français au premier chef. Mais c’est également celui qui fait que nous ne pouvons que constater la mise à l’écart volontaire de personnes (les ghettos, parce qu’il n’y a pas d’autres termes) ; mais aussi le manque (ou le défaut) d’intégration, certaines fois par choix, à d’autres par méconnaissance des lois et des règles qui permettent aux gens de devenir français s’ils le souhaitent.
C’est donc d’un sujet actuel que traite le film Soumaya et qui au delà de ce qu’il met en scène ne lui vaut certainement pas de devoir être ignoré au point de n’être pas distribué.

De la part des réalisateurs c’est utile de montrer la réalité des faits, et des choses, ceci allant d’un milieu où nombre de gens sont musulmans, mais clairement intégrés et surtout pas extrémistes. Nous avons droit à la rencontre avec une personne extrémiste, mais la totalité des protagonistes ressemble à madame et monsieur tout le monde.
Sans doute le film fait-il preuve d’une cohérence et d’une construction sans défaut ; les acteurs étant convaincants et le sujet évident. Une mention toute spéciale à Soraya Hachoumi, qui interprète Soumaya avec profondeur et qui sait insuffler de la détresse ou de la force à son personnage. La trame du film est presque classique, celle d’un thriller, d’une enquête, et la scène finale - celui du réquisitoire de Soumaya devant le juge - est d’une majesté qui renforce les problématiques. Car dès lors qu’une personne se bat pour défendre, et sa dignité et sa foi en la démocratie, il n’y a rien de plus poignant ; et cette personne ne peut en ressortir que grandie.

Un bémol toutefois dans le traitement de l’histoire, c’est le personnage du (futur) ex-mari de Soumaya (puisque elle est en instance de divorce), qui décide d’embrasser l’Islam et part en Afrique. Là, malheureusement, le personnage est falot, inutile et ralentit l’intrigue - et il est vrai que le film eu été plus court d’un bon quart d’heure, l’histoire aurait gagné en force.

Au delà de l’amalgame résumé par le film, au delà de l’image de certaines personnes qui sont quant à elle excessivement radicales et dénoncées par les réalisateurs, Soumaya nous offre une belle image de femme intégrée (et sa foi ne regarde qu’elle) qui veut garder son honneur. S’il n’est pas le film qui réussira à aplanir les problèmes sociétaux, religieux et humains qui perdurent en France ; Soumaya reste honnête dans sa démarche, pas exempt de défauts, mais finalement souligne avec force le besoin de justice et de respect de la dignité et de l’égalité pour chacun… Et pour cela il mérite d’être vu.


Soumaya (103 minutes)
Réalisé par Waheed Khan et Ubaydah Abu-Usayd
Casting :
Soraya Hachoumi, Sarah Perriez, Khalid Berkouz, Karine Dogliani, Sonya Mellah, Islem Sehili, Majida Ghomari, Assia Ait Abdelmalek


Sylvain Ménard, Février 2020