GLASS, APRÈS INCASSABLE ET SPLIT, LA CONCLUSION D’UN MYTHE !

24 janvier 2019

Suite directe de Split et de Incassable, Glass est à plus d’un titre un film qui vous mettra les sens en éveil - réalité, manipulation ou complot - et qui saura renouer avec ce cinéma d’auteur, intelligent et référentiel auquel M. Night Shyamalan avait su nous habituer et avec lequel après un passage à vide, Split nous avait permis de renouer.

Retrouver ainsi un réalisateur au mieux de sa forme est un réel plaisir d’autant que ses interprètes sont en tout point irréprochables et nous permettent d’assister à des numéros d’acteurs impressionnants. S’il est vrai que pour beaucoup Sarah Paulson est une quasi inconnue, sa contribution à l’excellente série American Horror Story nous aura permis de découvrir une actrice originale et convaincante. Outre Sarah Paulson, c’est avec plaisir (et effroi) que nous retrouvons le « multiple » James McAvoy et des Bruce Willis et Samuel L. Jackson toujours aussi convaincants dans leurs rôles si emblématiques. Le tour de force du scénario étant de nous proposer un Samuel L. Jackson éteint, catatonique et amorphe durant la première moitié du film, puis nous prouvant que nous nous trompions et qu’il est au delà de son handicap un vrai génie, d’une incroyable intelligence et surtout visionnaire (mais nous n’en dirons pas plus). Bruce Willis, quant à lui, est parfait et est toujours porté par ce drame et cette tristesse permanente, mais ainsi est le personnage et il reste tel que souhaité par le réalisateur. C’est ici que certaines critiques ont été formulées, entre le rappel d’un film qui date de 2000 et qui fait appel à la mémoire (comme si le spectateur n’était pas capable de faire un retour en arrière), sa suite directe datant elle de 2016 et Glass enfin de 2019 ; et le jeu des acteurs. Mais c’est là où le génie de Shyamalan est bien de consacrer une conclusion (mais en est-ce vraiment une, nous en reparlerons plus loin) à ces deux films, faisant fi de ce laps de temps conséquent, mais comme la fin de Split avait déjà entériné l’appartenance à cette univers évoqué avec Incassable en faisant apparaître Bruce Willis à la fin, cet opus-ci délivre t-il une conclusion.

Le jeu des acteurs, maintes fois évoqué, est révélateur de cette recherche de perfection que Shyamalan a toujours revendiqué. Il est d’ailleurs surprenant que nulle nomination ne soit venue consacrer en 2106 James McAvoy dans son rôle multiple et inspiré, où il s’était livré à un véritable numéro d’acteur et où, plus encore dans cet opus, il provoque ces instants de stupéfaction chez le spectateur. Loin de certains effets de cabotinages auxquels il nous avait habitué, Samuel L. Jackson est stupéfiant de justesse et de noirceur, personnage trouble qu’on peine à cerner et qui nous trompe du début à la fin, et qui plus, est filmé de façon étonnante de sorte de renforcer son aura. Nous ne reviendrons pas sur le jeu tout en douceur (et en tristesse) de Bruce Willis, ni sur celui de la jeune Anya Taylor Joy, bouleversante et si sincère. Et de personnage en personnage, Shyamalan instruit ce troisième acte d’une saga, où le moindre faux semblant, la moindre révélation nous paraît encore cacher autre chose. Souvent d’ailleurs on a tendance à se plaindre du caractère trop linéaire de certaines trames scénaristiques, de certains retournements, mais on ne peut ignorer cette totale maîtrise que Shyamalan, sur Glass, porte à un niveau peu fréquemment atteint, ce que beaucoup de critiques ont d’ailleurs encensé ! Il sera juste de souligner enfin que pour un budget somme toute dérisoire, Shyamalan après Split, nous offre un véritable exercice de cinéma, nous prenant à contre pied, multipliant les plans osés, nous offrant un métrage techniquement irréprochable. Filmant sans l’aide d’effets numériques, Shyamalan s’appuie sur les rues, les couloirs ou les cellules, endroits que l’on découvre au fur et à mesure ; et c’est un vrai travail de photographie jouant sur les nuances que nous prenons plaisir à découvrir.
La musique signée West Dylan Thordson épouse les images avec puissance, les influences modernistes y sont repérables, mais il est évident que le score se devait d’être représentatif d’une école mélodique et le compositeur parvient sans peine à relever le défi après sa précédente incursion dans l’univers du réalisateur sur Split. Et de fait arriver après James Newton Howard, dont certains passages sont repris - parce qu’il est important qu’ils installent ce lien qui unit Glass à Incassable - pouvait s’avérer dangereux. Or ce jeune compositeur à la courte filmographie décline ses mouvements avec efficacité et même si la dissonance est de mise, elle se justifie au travers de ces esquisses qui montrent les oppositions ou les alliances qui se nouent.

Nous avons évoqué la conclusion au début de cette chronique. Il paraît important (sans dévoiler l’intrigue) de revenir dessus et d’expliquer deux ou trois choses. Incassable, Split et Glass forment un tout, mais comme à son habitude Shyamalan a introduit des éléments qui enrichissent la trame et modifient le message. Cette volonté de rebondir, courante chez tous les réalisateurs, ne peut être mise ici au crédit d’une envie de « franchiser », de développer d’autres chapitres, même s’il est exact que les rebondissements finaux pourraient (légitimement) nécessiter l’installation d'un, voire deux ou trois autres métrages ! L’avenir seul nous dira si tel est l’objectif de Shyamalan. Ceci dit, il paraît assez improbable (et c’est regrettable) que d’autres films voient le jour. C’est d’ailleurs le seul point négatif, cette fin ouverte, laissant le spectateur décider de continuer ou pas l’aventure. Ce ressort assez commun, n’est nullement gratuit puisqu’il conclut cette trilogie avec l’emphase qu’on pouvait en attendre de Shyamalan et en révélant ce qui s’est produit, en apportant donc des réponses. Demeurent donc ces questionnements que nous avons quant aux mystérieux intervenants que nous apercevons et sur ce qu’ils sont réellement. Et si certaines informations sont fournies, le doute subsiste quant à leur réelle motivations. Ceci justifiant-il un nouvel acte… probablement ! Et dans le même temps, non, puisque la trilogie a une fin établie qui satisfera tout cinéphile. Voilà, c’est ici que chacun doit apporter sa pierre à l’édifice, accepter ce qu’il sait et voit ; ou décider d’en vouloir plus et attendre une hypothétique suite… Les deux sont acceptables, et c’est toute la magie du cinéma et de Glass !


Glass film de M. Night Shyamalan est sorti en janvier 2019. La distribution comprend Bruce Willis, Samuel L. Jackson, James McAvoy (remarquable), Anya Taylor Joy, Sarah Paulson (étonnante)…

Sylvain Ménard, janvier 2019