HALLOWEEN 2018… une réussite ?

10 janvier 2019

Curieusement aller voir ce nouvel opus de Halloween ne me serait pas venu à l’esprit… mais se retrouver à le visionner avec son fils est peut être la façon la plus simple de sauter le pas. Et voir ainsi un film d’horreur qui a franchi les générations semble assez logique. Il sera par contre évident que j’ai eu du mal à m’affranchir de mon expérience - j’ai bien dû tous les voir - alors que cette jeune génération n’en a vu au mieux que deux ou trois (ceci incluant celui de Rob Zombie).

Halloween 2018 réussit là où on avait la sensation de patauger dans un bourbier malodorant et inutile avec des métrages du même genre. On a presque l’impression d’assister à la projection d’un film avec une certaine retenue et nous nous devons de saluer la volonté du réalisateur de ne pas abuser de scènes chocs et trop gores, et d’instaurer une ambiance respectueuse du genre. Aussi, même si le métrage sait user de quelques bonnes vieilles ficelles, de plans que l’on sait déjà avoir vu ailleurs (la scène des toilettes avec les cabines), c’est toujours en les reconstruisant et en y ajoutant du sens. Nous sommes dans un hommage au film d’horreur, où le scénario réussit à nous emporter là où nous ne nous attendions pas et surtout en reprenant l’histoire là où elle s’était arrêtée il y a quarante ans ! Bien sûr le film aura ses détracteurs ; mais des personnages, dont le jeu n’est à aucun moment caricatural, aux décors, en passant par une image léchée, ou tout simplement par le biais de cette histoire simple et directe ; tout est mis en œuvre afin de nous offrir un spectacle digne de ce nom où le méchant est réellement méchant. Quand on sait de plus que le masque de Myers est en fait un masque du capitaine Kirk de Star Trek, retravaillé, sali, déformé ; on comprend mieux l’impact qu’il a, loin du masque de clown envisagé au début, loin même du faciès exagéré du tueur de Scream par exemple… toujours copié, jamais égalé !

Musicalement, comment dépasser la musique du premier et surtout du second opus toujours composé par le grand John Carpenter ? On aura plaisir à écouter les thèmes que l’on connait, mais ici le côté rassurant (du moins pour le spectateur) vient de la reconnaissance et de la facilité d’immersion dans un univers déjà existant. De là à constater que ce système de référencement impose des figures obligées - et sur ce score elles sont nombreuses - il n’y a qu’un pas, que nous pouvons allègrement franchir, tant ces figures de style deviennent des redites et des récupérations. Alors c’est vrai que ça fonctionne plutôt pas mal sur le film, mais c’est également vrai que ça fonctionne, parce que le thème est incontournable et que plus de quarante ans après il est toujours aussi impressionnant !
Cody Carpenter est le fils de John Carpenter et d’Adrienne Barbeau - souvenez-vous elle a joué dans The Fog (1980), New York 1997 (1981), et dans The Thing où elle était la voix de l'ordinateur contre lequel joue Mc Ready au début du film. Donc cette contribution entre John Carpenter, son fils et Daniel Davies, avec lequel il a fréquemment collaboré, n’apporte structurellement pas grand chose. Car si ce n’est sampler quelques passages, intégrer des morceaux existants et se conformer à un cahier des charges somme toute conventionnel, le score n’est finalement pas si surprenant ni original. Il y a des morceaux qui ont été écrits pour le film ça va de soi, mais comme ils sont intégrés au sein de structures ou de mouvements existants, ils nous semblent presque similaires.

Ceci étant dit, la musique accompagne plutôt bien les images, sans doute aussi parce que le film est bon, que le choix de la trame du scénario ; suite directe du premier film - et on laisse de côté tous les développements intermédiaires - est bien filmé et bien joué. On appréciera d’ailleurs ce jeu du chat et de la souris entre Michael et la caméra, alors que l’on pense enfin le voir, mais où son visage n’apparaît que dans des miroirs, en contre jour ou en plan arrière ne dévoilant qu’une partie infime et jamais en plan complet ! En cela, bravo au réalisateur qui joue avec nous, ne sacrifie pas trop aux nécessités du moment et sait garder le mystère. Evidemment on reste un peu sur sa faim, car une fois de plus, la solution ne nous est pas donnée réellement. D’ailleurs qui est Michael Myers, cette dimension maléfique mentionnée par son psychiatre (lui même assez limite…) a t’elle une origine précise, pourquoi tuer aussi spécifiquement, en faisant des choix ?… Autant de questions qui restent en suspens, mais qui n’empêchent pas le métrage d’être assez novateur et de nous ménager un retournement scénaristique plutôt bien vu, donnant des indices quant à la psychose de Laurie et à sa quête, mais nous n’en dirons pas plus…

Une critique : j’ai vu le film cette semaine au Havre, dans une salle Gaumont - et je ne comprendrai jamais comment on peut être aussi cher, avoir la moitié des machines automatique en maintenance, les sièges pas très propres et au final rien de mieux que la concurrence et les petites salles indépendantes offrent quant à elles. Il va falloir qu’à un moment les distributeurs se décident à avoir une démarche saine et respectent leurs clients.

Sylvain Ménard, novembre 2018