IN FABRIC… Peter Strickland retourne au 'Giallo'

19 novembre 2019 à 12h00

In Fabric, film de Peter Strickland sort mercredi 20 novembre. Film d’horreur « so British » avec ses décors colorés et cette ambiance si particulière, In Fabric c’est aussi - alors qu’il y en a eu divers exemple cette année ci - un retour au 'Giallo', une mise en scène qui renvoie à ces films des années soixante dix (d’ailleurs ce que semble être l’époque où se déroule le film) avec cette horreur introduite par petites touches.

Peter Strickland est un réalisateur dont les centres d’intérêts vont vers les fantasmes et les peurs, et où l’horreur prend une place importante. Après Berberian Sound Studio film datant de 2012 et déjà largement marqué par ces emprunts à l’univers si fascinant du Giallo, c’est avec In Fabric qu’il effectue un retour sur les écrans noirs. Comédie d’horreur, In Fabric assume les choix de son auteur, le sadomasochisme, le goût pour les excès vestimentaires - avez-vous jamais vu autant de rouge ? ; et nous promène dans un Londres aussi étrange que perturbant dans ces fausses apparences.

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Histoire d'une robe hantée de couleur pourpre qui est achetée lors de la vente de Noël d'un très étrange grand magasin, le film est porté par ses actrices qui grâce à un jeu tout en finesse, font preuve d’une retenue évitant les caractères outranciers ou l’exagération facile, pas si évident au vu du scénario. En cela le pari du réalisateur est réussi, tant nous sommes portés par ces deux femmes si différentes : Marianne Jean-Baptiste, femme esseulée à la recherche d’un peu de réconfort après une rupture ; et Gwendoline Christie, trouble et fascinante en maitresse de cérémonie au phrases alambiquées et au vocabulaire qui ferait penser à celui d’un descendant d’une créature de la nuit. Ce qui semble presque être le cas, puisque ce grand magasin anglais s’avère être un repaire de sorcières, un lieu étrange de dépravation, où le côté organique va se mêler au côté mécanique. Cette dimension dès lors renvoie à l’horreur dans sa plus simple expression, ramenant le thème central à ce qui devient de fait une hantise, celle d’une robe pourpre, qui doit soumettre celles qui la porte, les menant à leur perte de sorte qu’elles deviennent esclaves de la machine…

Le film s’intéresse alors à un autre parcours, à une autre proie de la robe, interprétée par Hayley Squires, avant de semer encore plus le désordre. C’est peut être ici que se situe le petit défaut du scénario, nous obligeant à nous demander ce qu’est devenue Marianne Jean-Baptiste - que nous ne reverrons qu’à la toute fin - et nous obligeant, même si la logique est évidente, à nous attacher à une autre victime ! Soulignons la scène de l’émeute dans le grand magasin, aussi exagérée que totalement psychédélique et qui précipitera la fin de l’établissement par le feu. Retour aux sources en quelque sorte et aux sorcières donc, avec la vision de ce magasin, cette entité ?, dont la fin - du moins apparente - est due à un incendie. La séquence finale qui voit la fuite de Gwendoline Christie dans les entrailles du magasin (encore une image forte), est bien évidemment révélatrice et nous apportera les réponses attendues, tout en soulevant maintes nouvelles questions ! … ceci dit, ce processus relève idéalement du 'Giallo' et n’en est que plus logique.

Sur un sujet fascinant, bien exploité et mis en valeur, In Fabric nous invite à une plongée qui sans être macabre (loin s’en faut finalement), nous laissera étrangement exsangues ! Parfaitement filmé, héritant d’une photographie digne des classiques, soulignant les tons ocres et rouges au moments opportuns, le film bénéficie de plus d'un bel échantillon de personnages tous brillamment interprétés - Marianne Jean-Baptiste et Gwendoline Christie sont brillantes ; et pour être tout à fait honnêtes une mention spéciale devrait être décernée à Gwendoline Christie qui casse son image et introduit cette dimension tellement étrange dans son personnage.

Bande annonce : https://www.youtube.com/watch?v=K5ihMqJ59BI

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Fiche technique
Titre original : In Fabric (Comédie horrifique. 118 minutes)
Réalisation & Scénario : Peter Strickland
Décors : Paki Smith
Costumes : Jo Thompson
Photographie : Ari Wegner
Montage : Matyas Fekete
Musique : Cavern of Anti-Matter
Distribution
Marianne Jean-Baptiste : Sheila
Gwendoline Christie : Gwen
Fatma Mohamed : Mlle Luckmoore
Hayley Squires : Babs
Julian Barratt : Stash
Leo Bill : Reg Speaks
Simon Manyonda : Glenjob
Caroline Catz : Pam
Richard Bremmer : M. Lundy
Sidse Babett Knudsen : Jill
Barry Adamson : Zach
Eugenia Caruso


Sylvain Ménard, novembre 2019

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