Interview du compositeur Alex Baranowski pour le film The Windermere Children


20 mars 2020

The Windermere Children est un drame produit et diffusé par la BBC en janvier 2020. Basé sur des faits réel, ce film est l’histoire de jeunes survivants de l’holocauste, qui seront conduits à la fin de la seconde guerre mondiale dans un centre près du lac de Windermere, pour y être soignés - accompagnés par des thérapeutes volontaires - et y suivre des études en vue de les préparer à intégrer la société anglaise.
C’est pour nous l’occasion de revenir sur la belle musique composée par l’anglais Alex Baranowski et éditée par Sony Classics.


• Comment avez-vous travaillé sur l’histoire ? Après avoir lu le script, discuté avec le réalisateur ?
A.B. : On m'a tout d'abord envoyé le script ; et j'ai commencé à ébaucher quelques premières idées avec ça. Ensuite, je recevais des coups du film pendant le montage et développais les idées musicales à partir de ça. Mais la grande majorité du travail a commencé réellement une fois le montage calé et que nous avons vraiment pu nous concentrer sur la façon dont l'histoire se développe tout du long du film.

• C’est un sujet difficile, ce drame qui suit de jeunes survivants de l’holocauste… Est-cela qui vous a conduit à écrire cette partition où il n’y a pas de grands épanchements ?
Il semble que votre musique demeure volontairement dans cette évocation délicate et toute en retenue !
A.B. : Oui absolument, c'était une ligne très ténue à suivre - vous pourriez facilement devenir trop sentimental avec un tel sujet, ce qui pourrait aller à l’encontre de l'histoire.
Mon idée était que la partition devait faire écho aux enfants. Le personnage de Salek a un thème qui est joué très délicatement et très haut sur le violoncelle lorsque nous le voyons pour la première fois (thème qui est représenté par un son calme et tendu) - puis comme il prend en confiance en lui plus tard, le thème passe à un alto (devenant moins tendu) - et à la fin la même mélodie devient capable de planer sur un violon.

• Vous semblez avoir évité d’utiliser des thèmes traditionnels de la musique juive - et c’est très bien, parce que l’on vous sent plus libéré ; plus proche d’une musique noble, classique et intimiste, c’était votre choix, votre proposition pour rester proche de l’histoire et de ce drame ?
A.B. : Je n'y avais pas pensé en fait! Pour moi, il s'agissait de raconter l'histoire des enfants autant que possible à travers ma musique. Je voulais que le thème des enfants semble avoir été comme arraché à une mélodie fredonnée par leur mère lorsqu’ils étaient plus jeunes ; maintenant l'une des rares choses qu'il leur reste du passé. Pour moi, tout consistait à servir l'histoire. Si j’écrivais un morceau qui semblait gêner quoi que ce soit d’autre, je le remplaçais immédiatement! C'est une ligne si étroite à ne pas franchir surtout quand le sujet est relève autant de l’émotion.

• On trouve le thème Rozhinkes Lit Mandlen (Raisins secs Et Amandes), qui quant à lui est une pure berceuse folklorique, vous l’avez retravaillée ?
A.B. : Oui, c'est mon arrangement. Une merveilleuse chanteuse du nom de Polina Shepherd est venue dans mon studio et a enregistré les voix alors que tout n’était encore qu’à l’état de démo et pas finalisé. Ensuite, nous l’avons mixé avec l’enregistrement de l’ensemble en live.

• Finalement il ressort à l’écoute de votre album comme une impression de miniatures, cette particularité si anglaise, ces esquisses souvent joyeuses ; mais qui sur un thème comme celui du film exploitent une dimension plus triste, mélancolique…
Était-ce un choix d'écrire de courts morceaux, afin de rendre la musique plus puissante, plus frappante ?
A.B. : Oui depuis le début, je ne voulais pas d’un score trop chargé. Il s'agissait d'en dire le plus possible avec le moins possible. Le premier quart du film est presque entièrement texturé - en utilisant la petite section de cordes exécutant des trémolos délicats. J'ai aussi beaucoup utilisé d’harmoniques - qui sont très délicates et aiguës, et qui brossent de façon thématique le côté le plus délicat de l'histoire des enfants. Puis, à mesure que le film progresse, la partition s’accroche plus aux personnages de l'histoire.

• L’utilisation des cordes est relativement prédominante, même si le piano apporte cette part de nostalgie et de douceur, vous avez orchestré votre œuvre ?
A.B. : Absolument, oui. J'aime écrire et orchestrer en même temps ; surtout quand le concept de la partition était tout autant important que la façon dont nous devrions interpréter et enregistrer les textures des cordes ainsi que les mélodies! J'ai eu un merveilleux assistant appelé Tom Kinsella qui a donné un sens à toutes mes démos et les a structurées en partitions pour que les musiciens puissent les lire.

• Vous avez travaillé avec le London Metropolitan Orchestra, sous la direction de Andy Brown. On a l’impression d’un petit ensemble - qui souligne toujours ce côté intime et poignant - combien y avait-il de musiciens au final ? Combien avez-vous eu de sessions d’enregistrements ?
A.B. : Oui, c'était assez petit ; seulement 9 cordes pour l'ensemble principal; un quatuor à cordes double et une contrebasse supplémentaire. On entend encore les archets gratter les cordes dans un ensemble comme celui que j'aime! Ensuite, un trio à cordes (violon, alto, violoncelle) et une clarinette ont été doublés. Tout cela a été enregistré à AIR Studio 1 par l'incroyable Fiona Cruickshank. Pour le reste, je me suis enregistré dans mon studio au piano, à la mandoline, etc. La majeure partie était également mixée chez moi.

• Une question, si vous voulez bien ;  vous avez été en compétition avec d’autres compositeurs ?
A.B. : J'en suis sûr ! J'ai vraiment adoré le scénario dès le premier moment où je l'ai lu, et j’ai tout fait pour montrer au réalisateur et aux producteurs à quel point j'étais parfait pour ce travail !

• Merci infiniment Alex Baranowski pour vous être prêté au jeu des questions réponses… Nous attendrons avec grand intérêt vos futurs projets.
A.B. : Merci à vous


Alex Baranowski qui fut élève de la Liverpool Institute for Performing Arts (créée par Paul McCartney) a travaillé pour le théâtre, les spots télévisés puis la télévision et le cinéma.

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The Windermere Children

(Production BBC / Sony Classical)
01. A New Beginning (3:10)
02. Salek’s Theme (1:04)
03. Inseparable (2:23)
04. Escape to the Woods (1:16)
05. Stolen Bikes (1:00)
06. A Family Lost (0:51)
07. Bad Dreams (2:26)
08. Painting Pictures (1:13)
09. Haunted By the Past (1:43)
10. Letters from the Red Cross (2:23)
11. Prayer for the Dead (1:16)
12. Thoughts of Home (1:12)
13. Sala Paints (1:11)
14. Rozhinkes mit Mandlen (2:03)
15. Arriving for the Game (1:03)
16. England Is Very Green (1:10)
17. A Brother Returns (1:26)
18. The Windermere Children (5:04)
19. A Life Lived (1:26)


Merci à Garance Desmichelle de l’agence Post Bill qui a servi d’intermédiaire pour cette interview, à sa disponibilité et son enthousiasme.

Le LIPA (Liverpool Institute for Performing Art) est un institut universitaire qui privilégie l’adaptabilité et la polyvalence et dont l’objectif premier est de former des étudiants aux arts, au divertissement et au spectacle.

Sylvain Ménard, mars 2020