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Elsa Barraine, la musicienne, femme engagée et résistante ; une compositrice à découvrir !
05 juin 2026 - 14:00
Après avoir fait la rencontre de « l’irlandaise » INA BOYLE (article du 22 mai) ; aujourd’hui se présente l’occasion de vous parler de la compositrice française, Elsa Barraine.
Forte d’un nombre conséquent d’œuvres allant de la musique symphonique à la musique de chambre, de la musique pour orgue (nous y reviendrons dans un article à venir) à la musique vocale, sans oublier la musique de films ; Elsa Barraine semble avoir touché à tout, avec talent et sensibilité.
Outre sa production en terme de compositions, particulièrement impressionnante, c’est son rôle de pédagogue ouvertement humaniste, en tant que professeur, qui la caractérise et lui donne une aura à part.
Cette aura, on peut considérer qu’elle l’a acquise auprès de ses mentors, maitres à penser, inspirateur et soutiens ; comme Paul Dukas auprès duquel elle étudia, ou Claude Debussy qui l’inspira…
Cet album d’œuvres symphoniques confine presque au sublime dans le développement de ses harmonies, dans les recherches et ‘l’expressionnisme’ qui se dégage de son écriture. Sa variation pour orchestre, Song-Koï : Le Fleuve Rouge, nous promènerait dans des arpèges qui au delà des images qu’ils impriment en nous, s’apparenteraient à une composition de musique de film. Or cette œuvre datant de 1945 - une commande de la Radiodiffusion française - est ‘politisée’, puisque nous contant la lutte pour l’indépendance de l'Indochine. Et dans son traitement, au travers du développement de ces passages assez courts (le plus long fait 3mn29) ; ce sont comme des miniatures, des instants parfois fugaces, qui s’imposent à nous. L’argumentation - très colorée - des morceaux, donne ainsi l’impression d’accompagner des images, des scènes… Aussi l’œuvre offre t-elle cette approche, finalement assez cinématographique.
[Par opposition mais dans un registre similaire - une œuvre dédiée à une cause nous contant un épisode majeur de la lutte d’un pays - Shande DING et sa Long March Symphony (plusieurs interprétations sont recensées chez Marco Polo) est plus monumentale, nous sommes sur presque 70 minutes, et plus classique de forme.]
Ce qui retiendra plus probablement l’attention de l’auditeur, ce sont ses deux symphonies aussi brillantes l’une que l’autre. Si la première semble s’inscrire dans un ensemble romantique où surgissent des mouvements modernes et savamment dosés ; d’une profonde originalité et privilégiant les thèmes mélodiques, elle fait preuve d’une réelle maestria dans le développement de ses arpèges, sollicitant les instruments dans des registres qui nous feraient penser à ce que Shostakovich leur demandait. C’est ainsi à une belle ‘débauche’ de thèmes et de mouvements d’une grande inventivité dans l’orchestration, auquel l’auditeur doit s’attendre.
Composant sa seconde symphonie en 1938, alors que la guerre devient de plus en plus imminente, Elsa Barraine emprunte un autre registre, et on peut percevoir comme un changement de ‘couleur’, la tonalité globale faisant ressortir des impressions plus nostalgiques, sombres et martiales par instant. La semi brièveté de l’œuvre, d’approximativement 17 minutes, ajoute à cette ambiance particulière (plus austère en quelques sorte mais certainement pas morose), et ce sera le mouvement final - intitulé « la fin du cauchemar » - qui nous délivrera en prenant des allures plus légères et enjouées.
Avec son atmosphère joyeuse et rythmée, l’œuvre courte Les Tziganes, conclut l’album avec délicatesse et enthousiasme.
Le mot de l'éditeur : L’Orchestre national de France, dirigé par Cristian Macelaru, consacre un album à la compositrice Elsa Barraine, figure majeure de la musique française du XXème siècle. Élève de Paul Dukas et lauréate du Prix de Rome à 19 ans, Elsa Barraine a mené une carrière à la fois artistique et publique, marquée par son engagement dans la Résistance. Ce nouvel enregistrement réunit quatre de ses oeuvres orchestrales, les Symphonies n°1 et n°2, Song-Koï (Le Fleuve rouge) et Les Tziganes, qui témoignent de son écriture maîtrisée, de son expressivité et de sa profonde sensibilité aux bouleversements de son temps.
Sylvain Ménard, juin 2026
Elsa Barraine: Symphonies Nos. 1 & 2, Song-Koi, Les Tziganes
L'Orchestre national de France, dirigé par Cristian Macelaru
Label : Warner Classics
Ttp : 66:31Song-Koï : Le Fleuve Rouge (1945)
Variations pour orchestre
01. La source 0:58
02. La haute plaine 0:44
03. Les chemins célestes 2:32
04. La ville de Son-Phong 3:29
05. Le retour des pavillons noirs 1:58
06. La rivière Noire 1:45
07. Le fleuve Rouge reçoit la rivière Noire 3:01
08. L'arrivée à la mer et la mort 1:38Symphony n° 1 (1931)
09. Andante - Vivace 9:11
10. Adagio - Vivace 10:34
11. Finale : Adagio - Allegro giocoso e leggiero 8:29Symphony n° 2 "Voïna (1938)
12. Adagio - Allegro moderato 7:21
13. Marche funèbre : Lento 5:17
14. Finale : Allegretto 4:5415. Les Tziganes (1959) 4:36
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