OLEG… un film de Juris Kursietis


28 octobre 2019

Peut-on considérer OLEG comme un film engagé ? Sans doute pas, du moins pas dans un sens strict, mais il relate avec retenue et intelligence une histoire qui probablement n’était pas parvenue à nos oreilles et qui fait froid dans le dos.

Dans ce monde sur-médiatisé où tout n’est finalement qu’apparences, c’est Juris Kursietis, un cinéaste letton, qui portera à notre attention ce phénomène inquiétant et dramatique qui se déroule dans nos contrées tranquilles et démocratiques. Mais une fois de plus, nous ne serons presque pas surpris d’apprendre que sous le vernis parfois factice de nos sociétés se cachent des secrets honteux, des pratiques qui renvoient pour certaines à des formes d’exploitation voire d’esclavagisme. D’une rare efficacité, ne s’appuyant sur aucun effet ; l’utilisation d’un cadre quasiment carré est d’ailleurs une marque de cette volonté de réduire le champ visuel et de focaliser l’attention du spectateur ; OLEG nous impose une découverte de choses que nous aurions souhaité continuer d’ignorer.

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L’histoire est celle-ci : Oleg est un garçon boucher qui quitte sa Lettonie natale pour aller à Bruxelles en espérant y travailler pour un salaire plus décent. Mais son expérience tournera court et Oleg sera alors recueilli par un criminel polonais, avant de tomber plus ou moins sous son emprise mafieuse.

Sur des thèmes maintenant courants tels que la violence, l’immigration et la perte de nationalité (et de repères), Juris Kursietis brosse le portrait d’un jeune homme finalement digne et qui saura s’en sortir. Déambulant dans les rues de Bruxelles, attrapant au passage quelques phrases en français qui sonnent comme autant d’éléments décalés et hors du contexte, le réalisateur installe son ambiance où ces migrants européens à la recherche de n’importe quel emploi sont finalement prêt à tout et, surtout, deviennent des proies faciles qui tombent sous l’emprise des mauvaises personnes. loin de fustiger une Europe qui ne voit rien et qui au delà de ses promesses n’est finalement qu’un assemblage plus ou moins hétéroclite de nations, Juris Kursietis fait le constat de ces dissemblances, des problèmes liés aux flux migratoires et aux abus de confiance et de pouvoir. C’est par le biais de la foi - mais qui n’en a pas ? - que son personnage central s’affranchira et ne faillira pas, ne devenant pas le criminel qu’on lui demande d’être. Et loin de nous asséner des fins à la morale douteuse, le réalisateur opte pour une quasi rédemption, lors d’une scène finale baignée de spiritualité et d’espoir. Car loin de n’être qu’un lâche comme on pourrait aisément (trop sans doute) le percevoir, Oleg, le personnage principal, reste un être humain, digne, car ce mot semble important dans ce film ; et il ne s’abaissera pas à devenir comme les autres à seule fin d’être accepté.

Il aura donc fallu un jeune réalisateur letton pour nous ouvrir les yeux sur d’impensables pratiques et sur des errances que nos sociétés préfèrent tolérer plutôt que de les combattre, mais attention, ce film n'est ni un thriller et encore moins un pamphlet qui nous mettrait face à nos propres responsabilités. Non, il s'agit bien d'un drame que des acteurs interprètent ; et ici, sur ce sujet précis ; c’est bien la précision du jeu qui concède une force aux images et nous invite à constater ce phénomène.

La grande force du métrage étant comme nous l’avons dit sa retenue, mais également sa quasi absence de toute violence, ses personnages étant réalistes et complexes tout à la fois, le film permet ainsi de se sentir concerné, mais pas pour autant perdu, la séquence finale ouvrant de nouvelles perspectives.
Ajoutons que loin de toutes caricatures, les policiers restent des fonctionnaires qui confrontés aux problèmes des migrants européens n’ont pas nécessairement de pouvoirs, ; les malfrats restent des gens finalement aussi démunis que les autres, n’existant qu’au travers de la domination sur autrui ; et les travailleurs - même si certains respirent la lâcheté - sont pour la plupart des gens totalement dépassés et surtout très seuls !


Le film a reçu plusieurs nominations dont celle du meilleur film de fiction au Latvian National Film Award.

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Casting :
OLEG : Valentin Novopolskij
ANDZEJS : Dawid Ogrodnik
MARGOSA : Anna Prochniak
KRISTOF : Adam Szyszkowski
ZITA : Guna Zarina
Équipe technique :
Scénario : Juris Kursietis, Liga Celma-Kursiete, Kaspars Odins
Réalisation : Juris Kursietis
Image : Bogumil Godfrejow
Son : Vytis Puronas
Montage : Matyas Veress
Bande originale : Jonas Jurkunas
Décors : Laura Dislere
Direction artistique : Stephan Rubens
Costumes : Inese Kalva
Maquillage : Maija Gundare
Production : Alise Gelze, Aija Berzina
Coproduction : Isabelle Truc, Lukas Trimonis, Guillaume de Seille
Production : Tasse Film (Lettonie), Iota Production (Belgique), In Script (Lituanie), Arizona Productions (France)
Production exécutive : Adrian Politowski, Cedric land


Sylvain Ménard, octobre 2019