Pour revenir sur un must de 2018 : THE SHAPE OF WATER

11 janvier 2019

Un grand cru signé Guillermo Del Toro, et un beau score pour Alexandre Desplat.

A la vision de La Forme de l’Eau de Guillermo Del Toro on a comme un choc. Pour ma part il y a bien longtemps que je n’avais ressenti ce plaisir et cette envie d’aller plus loin, de voir ce film, d’en découvrir la trame et surtout d’aller au bout de cette expérience avec - ce besoin aussi avouons-le - de voir une fin qui nous convienne, heureuse ou simplement construite selon un schéma où le drame et la fatalité ne seraient pas au rendez-vous !

Car il faut reconnaitre que Del Toro a tendance à s’inscrire dans un registre parfois sombre et où le spectateur doit faire un choix - comme dans Le Labyrinthe de Pan - déterminer ce qu’on veut voir, ne pas voir… Ici, la fin nous convient à tout point de vue, soulignant le côté poétique de son œuvre. Et en parlant de poésie - de magie aussi - celle du cinéma et de ce qu’il réussit à montrer ; on ne peut que souligner l’engagement de Del Toro, le plaisir qu’il a à montrer une vision aussi aboutie, où tout nous place dans cette époque, de l’études des personnages, à la conception des décors et jusqu’au design de ce quasi dieu (comme il le souligne finalement) nous immergeant totalement dans son œuvre !

Le corollaire de sa mise en image est bien la partition de Alexandre Desplat qui s’inscrit avec puissance, émotion, et pertinence dans ce cadre années cinquante. Car le piège était bien de se donner cette apparence, rétro mais pas seulement, poétique dans les élans amoureux de son personnage central - et les interactions que les autres caractères ont, les uns par rapport aux autres.
D’ailleurs il n’échappera à personne que si certaines caricatures sont observables, c’est bien par moment ce côté exagéré, mais pas nécessairement outrancier, qui qualifie l’œuvre et la musique qui l’accompagne… une œuvre poétique !

Car si on la définit en tant que genre, quel autre genre justement raconterait l’histoire d’une femme à la recherche du grand amour et sa rencontre avec cette entité ?…
… et cette créature (respectueuse du genre et qui lorgne avec amour et respect vers L'Étrange Créature du lac noir) est-elle un dieu ou juste ce monstre de foire - ce sujet d’étude capturé et enfermé dans ce centre aux états-unis - une image bien révélatrice du Mc Chartisme dans toute son horreur et sa volonté d’éradiquer ce qui est différent ou de s’en servir à des fins malhonnêtes !

Et tout ces éléments concourent à installer cette ambiance que la délicatesse, le romantisme du compositeur renforce. Alors poésie, fable, conte… ce sont autant de définitions qui conviennent plus ou moins !

On a pu lire des critiques sur le côté engagé ou pas de Del Toro, mais à la vue de cette étude féminine, de certains de ces choix, on ne peut que trouver juste son approche ! Enfin un personnage central féminin fort. Et lorsque la caméra est presque caressante - on pense aux séquences du bain (pas aussi évidentes qu’il n’y parait - à fortiori après les révélations sordides du milieu de la production américaine en 2018) et de la façon qu’il a de filmer son héroïne, on est subjugués par la force de sa conviction et de sa réalisation.

D’ailleurs le Lion d'or remporté à la Mostra de Venise en 2017, suivi de quatre oscars début 2018 auront été autant de preuves de cette réussite.
Et de même Desplat prouve qu’il a su choisir un sujet idéal et l’accompagner dans une étude qui sait se faire intimiste lorsqu’il le faut, s’approcher par instant du thriller ou du film d’espionnage, puis se faire évocatrice, puisant aux sources d’un certain romantisme - le tout dans cette approche qui nous emporte dans cette sombre période de la guerre froide. Il a d’ailleurs été récompensé aux oscars en 2018.

La Forme de l’Eau est un film à voir, plus parce qu’il nous permet de renouer avec un genre et une approche quasiment poétique, et c’est une bouffée d’air qui, il faut le souligner, apporte une envie de vivre pleinement, malgré les différences, les incertitudes ou la précarité de notre quotidien. Et c’est probablement une chance que d’éprouver des sentiments aussi forts à la vision du film et à l’écoute de ce score.

Alors oui, La forme de l’eau est un coup de chœur, le plaisir de retrouver un réalisateur que l’on aime, au meilleur de sa forme, et un compositeur qui sait nous surprendre et qui sur ce métrage sait sublimer les images, tout en restant en retrait lorsqu’il le faut. On ne soulignera jamais assez le travail du monteur, qui au delà des volontés d’un réalisateur et de son compositeur doit composer avec les deux (et vous pardonnerez ce jeu de mot) - les faire co-exister afin que le spectateur que nous sommes soit ravi et comblé.

The Shape of Water a fait l’objet d’une belle édition DVD et Blu-Ray aux nombreux bonus.


Sylvain Ménard, 2018