Solo: A Star Wars Story… où l’échec d’un score attendu au tournant !

16 janvier 2019

Sur ce film qui était très attendu, le thème de Solo est signé de John Williams et offre une approche assez élégante, peut être plus marquée par Indiana Jones que par Star Wars d’ailleurs, ce qui au final ne serait pas une mauvaise chose. Le problème vient donc bien du score de John Powell, et ce n'est pas tant qu’il soit mauvais, mais plutôt qu’il nous oblige à assister à une surenchère de percussions ! En ce sens son « Meet Han » (pourtant un passage important) est quasiment le moins intéressant de tous les morceaux. Ceci dit, on sent que le point culminant est bien de faire du Star Wars - autant dans l'orchestration que dans l'approche globale et systématique, usage des cuivres, dimension exagérée des percussions et intrusions de rythmes trop vifs à d'autres. Et oui, la leçon à tirer est bien que l'on peut observer un étalage visible d’orchestrations riches (trop sans doute) et ce au détriment de l'écriture.

De fait on cherche un peu les thèmes qui sont noyés dans ces tempos vifs et « référencés », c'est d'ailleurs là l'écueil sans oublier de mentionner les accords qui trainent de ci-de là et qui nous renvoient au matériel existant, car ce n’est pas une belle envolée de cordes et un semi crescendo qui établiront une dimension mélodique et réellement efficace. Ce que Michael Giacchino sur Rogue One évitait avec emphase et élégance, et nous ne sommes pas dans le même univers musical, apparaît ici comme des empilages de passages obligés, où se glissent comme évoqués précédemment des citations, des accords, des structures. Bon, ne perdons pas de vue qu’un score accompagne un film - certes - mais là à l’écoute seule (oh combien primordiale), hormis cet effet de débauche comme avec « Spaceport » ou « Flying with Chewie », l’impression reste bien celle d’un survol, d’un placement orchestral renforcé, mais au détriment de la créativité !

Ce qui est par ailleurs revendiqué comme une adaptation (et c’est indiqué sur la pochette de l’album) devient un placement thématique, de morceaux issus de l’univers Star Wars, de samples (quasiment) ; et on en vient à se demander de combien de temps Powell a effectivement disposé, et surtout pourquoi adapter les passages existants, les orchestrer - plus ou moins - et leur donner (ou redonner) une dimension plus moderne (voir le morceau « Train Hest »), surtout quand la totalité du score s’établit dans ces paramètres ! Nous vient à l’esprit le mot « ampoulé », et ce ne sont pas les chœurs de « Marauders Arrive » qui nous feront changer d’avis, chœurs qui sur Ghost in The Shell auraient été parfaits et qui semblent ici hors de propos.
Un tel score sur un film d’aventure, serait en adéquation avec le propos, une pure musique pour film hollywoodien. Alors c’est exact que l’on a tendance à envisager les choses toujours d’un point de vue référentiel… et cela nous pouvons l’admettre. Mais quand l’esprit n’est pas là, quand Star Wars ne saurait être ça, à qui la faute ? Celle du studio - et on se met à douter que chez Disney il y ait des amateurs d’art ou des personnes respectueuses de l’esthétisme - ou celle du réalisateur et de son compositeur ?

Mais nous ne sommes pas au bout de nos peines ; car survient à un moment donné « Chicken in the Pot », morceau également hors sujet car ce n’est pas un film policier ni un thriller où l’on voyage et où on peut « s’aérer »… non ! - il s’agit d’un Star Wars, avec un cahier des charges où l’abandon du genre est significatif. Nous évoluons par la suite dans un western avec « Is This Seat Taken? », avec ses empreints aux thèmes d’origines, « L3 & Millennium Falcon » nous promenant quant à lui dans ce contexte de grands ouest, avant de bifurquer vers un ensemble où les chœurs appuient une reprise du motif bien connu. Les chœurs d’ailleurs sont ethniques, sans contrepoint et ne se réfèrent à rien, ce qui ajoute à la confusion. Par la suite on se dirige vers des évocations sonores que n’aurait pas renié un Poledouris (celui de Starship Troopers), mais quand le film de Verhoeven revendiquait clairement sa filiation et son appartenance à un genre précis, Solo navigue à vue, film d’aventures, film épique, mais certainement pas un Star Wars. Et plus nous avançons vers le dernier tiers de l’album, plus cette impression devient évidente, Powell n’est pas à sa place ici. Ce que les passages comme « The Good Guy » (sommes-nous avec Bernstein ou Powell ?) confirment. De plus citer Le Réveil de la Force paraît surprenant, tout du moins du point de vue chronologique. A ceci prêt qu’il existe peut être une réponse qui - pour facile qu’elle soit - aurait au moins le mérite d’avoir une logique ; impacter les jeunes générations qui ne connaissent pas nécessairement cet univers, créant des points de références - « Reminiscence Therapy » en étant l’exemple phare - bourré de citations au delà du digeste.

Et entre un répertoire épousant trop de thèmes et de genres différents, entre des ébauches qui ne sont rien de plus que des décalques du travail de John Williams, nous sommes témoins de ce naufrage, étonnés de ce manque de substance, étonnés par ces sonorités et ces accords souvent violents. Et qui plus est, cette composition rassemblerait les ingrédients d’une superproduction pour adolescents, à peine digne des musiques de ces dernières années - où les retours thématiques tomberaient à plat. Nous ne reviendrons pas non plus sur les chœurs ethniques incompréhensibles de « Savareen Stand-Off »… car quitte à créer un univers soyons originaux !?

Bien sûr si on y ajoute les remontées au box office (les chiffres étaient moyens avec moins de 300 millions pour un budget non communiqué) qui en font le Star Wars au démarrage le moins bon, ajouter en point négatif le score de Powell peut paraître excessif, MAIS (il est important) ; il y des écoles de musique, des tendances, la plupart infiniment respectables… On se doit de respecter le travail d’un auteur, mais ce qui finalement ressort ici est bien cette notion de ratage partiel, parce que le studio et probablement le réalisateur et son compositeur n’ont pas été honnêtes envers eux mêmes… Car être honnête c’est observer l’existant et, à défaut de s’en inspirer, le comprendre… et on peut douter que ni John Powell, ni Ron Howard, n’aient compris ce que représentait cette franchise… hors de potentielles retombées pécuniaires et des marchés à conquérir !

Pour en terminer avec ce débat, on ne reviendra pas sur les péripéties étranges qui ont émaillé la production, des récupérations de créations visuelles pour la campagne de publicité, au licenciement des deux réalisateurs initiaux (qui resteront quand même producteurs) ; et qui donneront au final cette image négative. Il est assez facile de critiquer, mais Star Wars étant culte il faut savoir rester respectueux du mythe sans être trop servile, mais savoir aussi poser son histoire et y associer les bons éléments, ceci incluant donc sa musique.

Sylvain Ménard, juin 2018