Si les contraintes de temps sont bien connues et restent l’apanage des productions cinématographiques, la durée allouée à Rob fut bien évidemment assez courte. Soulignons donc la qualité d’un travail qui - pour en avoir discuté avec lui - nécessita de nombreuses recherches quant aux développements, les ambiances, les instruments… Ainsi Rob composa t-il le score en ayant à l’esprit ce challenge ; remplacer un autre compositeur est rarement chose facile ; tout en déclinant ce que souhaitait le réalisateur (et le studio), sans se trahir. Au final demeure une composition fort riche, où une dimension quasiment classique va côtoyer une dimension plus atmosphérique.
De même le côté évanescent que l’on trouve habituellement, ces sonorités parfois étranges et planantes et qui renforcent l’impact des images, est ici développé mais avec toujours à l’esprit cette recherche de cohésion afin que les passages s’harmonisent.
Par moment émergent quelques notes, quelques accords, qui semblent surgir de ces fécondes années quatre vingt où la musique sur les films d’horreur inventait et se réinventait. Bien sûr on pensera au pape de l’horreur et de sa musique, indissociables finalement, j’ai nommé John Carpenter ; ou bien encore au détour d’une phrase croyons-nous entendre comme des accents de Tangerine Dream… mais soyons clairs, ces impressions - car il s’agit bien de cela - ne sont que le reflet de la culture musicale et des goûts de Rob ! Sans oublier que les compositeurs ont façonnés de bien des façons l’histoire, et de la musique, et de la musique de film. Les instruments électroniques, s’ils ont plus ou moins évolués, restent globalement similaires à ce qu’ils furent, difficile alors d’entendre parfois des morceaux sans automatiquement les rattacher à une époque ; et encore moins lorsque l’on parle de film d’horreur et de musique en partie électronique !
L’écoute - soulignons que les morceaux ne sont pas dans l’ordre - reste harmonieuse mais il va de soi qu’il est compliqué de mettre la musique en relation avec le film, lorsque ce dernier pour d’obscures raisons n’est pas encore sur nos écrans. Ceci étant dit, Gretel & Hansel est un album qui s’écoute avec un infini plaisir, d’abord parce qu’il est instrumentalement original - comme le prouve l’utilisation du Mellotron* ou du synthétiseur Moog - et surtout parce qu’il sait amener des thèmes intéressants.
Le label Waxwork, que les fans de fantastique et d’horreur connaissent bien, s’est intéressé à la musique du film et c’est ainsi qu’arriveront bientôt une édition CD de la musique ainsi qu’un superbe vinyle, objet ultime de collection au final !
ROB s’étant prêté avec gentillesse au jeu des questions réponses, son interview arrivera bientôt !
Gretel & Hansel est un film de Oz Perkins, et si ce nom de famille vous dit quelque chose c’est bien parce qu’il est le fils de Anthony Perkins qui interpréta Norman Bates dans le Psychose de Alfred Hitchcock. Pour la petite histoire Oz Perkins interpréta le rôle de Norman à 12 ans pour les besoins du film Psychose II, Anthony Perkins et Vera Miles y reprenant d’ailleurs leurs rôles respectifs.
* Le Mellotron, qui est un instrument polyphonique utilisant un clavier, lit les sons enregistrés sur ses bandes magnétiques, comme une base de données (des « samples »). Ces sons sont ceux (enregistrés donc) d’instruments divers, bois, vents, etc. Comme les passages (quelques secondes à peine) sont sur bandes magnétiques, l’effet acoustique est particulier et permet donc d’avoir des sonorités qui serviront de bases pour donner plus de profondeur, de rugosité par exemple en interprétant un morceau, une gamme de notes.
Sylvain Ménard, février 2020
Et tous mes remerciements à Garance Desmichelle de l'agence Post Bills.