QUATRE MOUCHES DE VELOUS GRIS. Après la publication de l'album chez Aire Libre (Dupuis)


10 janvier 2019

Quatre Mouches de Velours Gris est le « Giallo »… Film réalisé par Dario Argento en 1971, il représente une forme de quintessence, tant au niveau de l’image et du son que du scénario. Pour quelques-uns il est le meilleur de Argento, moins froid ou moins cérébral que nombre de ses autres œuvres.


Ce qui reste dans les anales du cinéma est bien le parcours plutôt chaotique qui a voulu que les scènes de meurtres soient à la base du développement du scénario - et non l’inverse - insufflant de la sorte une dimension que Argento peinera à retrouver par la suite. On a fait grand cas du manque de direction d’acteur chez Argento, d’une certaine forme de cabotinage ou des études trop cérébrales justement, laissant ses personnages aller à leur guise ; et parfois avec incohérence. Quoiqu’il en soit, ce film - tout du moins aux yeux de votre serviteur - permet de juxtaposer habilement un script audacieux à une mis en image osée et moderne.

On appréciera notamment ici la retenue du maitre, qui au fil du temps et de la célébrité naissante, prendra des formes souvent trop grand-guignolesques ou absurdes dans le traitement des meurtres. C’est aussi à l’aulne de ses seconds rôles que Argento permet à la trame de son histoire de s’installer, grâce à des contre-emplois magnifiques et à des acteurs inspirés ! C’est ici également que grâce à l’initiative des Editions Dupuis, lié à la sortie de l’album Midi-Minuit, il nous a été permis de revoir dans un contexte plus moderne, ce métrage souvent oublié au profit des autres. Moins spectaculaire que ses autres films dits de la trilogie animalière ; L'Oiseau au plumage de cristal (1970), Le Chat à neuf queues (1971) et Quatre mouches de velours gris (1971) ; ce dernier lui permettra de peaufiner ce qui sera probablement sa marque, sa touche si personnelle, à savoir cette vision expérimentale et cet usage du ralenti poussé au paroxysme.
La musique de Morricone y est tout simplement incroyable - entre la pop et la musique expérimentale ou concrète - appuyant lorsqu’il le faut les images, soulignant ce caractère trompeur et machiavélique. Curieusement alors que les deux hommes ont du mal à se supporter l’un l’autre - Argento a eu énormément de mal à accepter les initiatives de Ennio Morricone sur ses premiers films - il travaillera quand même avec lui sur celui-ci. Mais quand deux égos se rencontrent, les collaborations deviennent infructueuses, et ce ne sera que deux décennies plus tard que les deux hommes auront l’occasion de se retrouver sur Le syndrome de Stendhal.

Le rapport avec l’album Aire-Libre (Dupuis) intitulé Midi-Minuit, outre le scénario on ne peut plus référencé, est visible dans ces cadrages où au sein de ces plans parfois dans l’ombre et parfois dans une lumière diffuse se profile une ombre menaçante ; et dans cette trame qui permet à toute une galerie de personnages d’exister et d’insuffler une note d’humour, humour qui n’était pas absent du métrage de Argento.

(voir la chronique sur l'album MIDI-MINUIT)

Sylvain Ménard, juiller 2018