Se connecter
Cinémaradio vous invite à découvrir l’interview de la réalisatrice du film l’EDEN, Cheyenne-Marie Carron… un beau moment d’échange !
18 mars 2026 - 10:00
"L'Eden", le nouveau film de Cheyenne-Marie Carron, sera sur les écrans à la mi-avril… L’occasion de s’entretenir avec elle s’est présentée, comment dire non ?
Un petit mot en préambule ; Cheyenne-Marie a une activité conséquente, elle travaille actuellement sur son prochain métrage. Dès que nous en aurons la possibilité nous reviendrons vers vous afin de vous en dire plus…
• Votre dix-septième long métrage, l’Eden, doit sortir au mois d’avril, Cheyenne-Marie ! Votre film est une fois de plus porté par votre sincérité, vos choix ; mais surtout par cette inébranlable foi en « l’humain » et ce qu’il peut avoir de grand en lui ! Vous parlez de comportements, vous parlez d’empathie, d'écoute et de fraternité.
Aujourd’hui votre discours est plus que nécessaire, vous démontrez avec une acuité impressionnante comment on peut arriver à surmonter les épreuves, mais surtout à mettre à mal les idées reçues et ce qui mène à cette folie ‘guerrière’ jusqu’au-boutiste !
Cheyenne-Marie Carron : J'ai voulu montrer que, même dans les situations les plus violentes, les hommes peuvent encore se reconnaître. On parle beaucoup de guerre, de camps opposés — mais bien peu des individus qui se trouvent au milieu, pris dans quelque chose qui les dépasse.
Dans L'Eden, je m'intéresse précisément à cette possibilité de rencontre. À ce moment fragile où deux êtres réalisent qu'ils ont plus en commun que ce qui les oppose. Je ne prétends pas offrir de solution aux conflits, mais je crois profondément que l'art peut rappeler quelque chose d'essentiel : quand on s'approche vraiment de l'autre — même de celui qu'on appelle ennemi — une reconnaissance devient possible.
• Vous défendez un cinéma engagé et militant, en parlant des personnes et des peuples, mais pas seulement ; vous parlez des soldats, vous les montrez, vous évoquez votre pays, les blessures des uns et des autres… Votre discours est excessivement fort, parce que vous prônez des valeurs. Votre regard est débarrassé des préjugés et des non-dits, ce qui vous conduit vers cette démarche totalement universelle…
Cheyenne-Marie Carron : Mon cinéma s'intéresse aux êtres humains avant tout — aux soldats, aux civils, aux peuples — parce qu'ils sont trop souvent enfermés dans des représentations simplifiées, instrumentalisées.
J'essaie de montrer les personnes derrière les étiquettes. La guerre fabrique des discours idéologiques, mais sur le terrain, il y a surtout des hommes et des femmes qui traversent des situations tragiques, avec leur peur, leur doute, leur humanité intacte. Le cinéma peut réintroduire cette complexité. C'est là, je crois, sa responsabilité.
• Pourquoi aujourd’hui, avec votre parcours, vos films et votre engagement, vous semblez ne trouver aucun échos auprès des congrégations ?
Cheyenne-Marie Carron : Mon cinéma est indépendant, et cette indépendance a un prix. J'ai tenté de me faire connaître des institutions à mes débuts, notamment du CNC — mais après trop de refus, j'ai renoncé. J'ai compris que cette voie n'était pas la mienne.
J'ai tout de même reçu le soutien de Canal +, sans leur aide le film n'aurait jamais vu le jour.
Aujourd'hui je vis dans la Drôme des collines, entourée de mes films et de mes chats. J'avance avec les personnes qui croient aux films, pas avec les institutions. Je garde mes dernières énergies pour aller au bout de mon œuvre — c'est ce qui compte :)

• Vous évoquez le Proche-Orient… quel sujet ! Vous n’aviez pas peur de tomber directement dans le gouffre des films rejetés, des œuvres que les producteurs et distributeurs français - dont la frilosité ne surprend plus personne - exècrent au plus haut point (oui, le mot est quelque peu excessif…)
Cheyenne-Marie Carron : Quand on fait mon cinéma, on n'a peur de rien — parce qu'on a la liberté de faire ce qu'on ressent vraiment. Être en marge permet justement de s'affranchir des craintes communes.
Ce conflit dure depuis si longtemps qu'il fait partie de notre monde, de notre époque. L'aborder était une évidence pour moi. Mais cela ne s'est pas fait sans heurts. En préparation du film, un technicien avec qui j'avais déjà travaillé a refusé de participer — il reprochait à mon traitement d'être trop équilibré. Il penchait d'un côté ; mon regard équitable l'a blessé. Il ne m'adresse plus la parole aujourd'hui.
Ce qui m'intéressait dans L'Eden, c'est précisément cela : des êtres que tout oppose en apparence, qui, à l'abri des regards et des pressions, amorcent un dialogue. Car celui qui se sait regardé peut être tenté de surenchérir. Les arbitres des guerres ont peut-être bien plus de responsabilités qu'on ne le croit.
• Nous avons dit qu’être croyant ou non, avait peu d’importance, au vu des enjeux et de ces opportunités que nous offre la vie d’être simplement ‘humains’ et ‘ouverts’ aux autres. C’est une dimension - sinon ‘LA’ dimension - qui semble prédominer chez vous ! Une approche humaniste, qui s’appuie sur une foi que vous n’imposez jamais, et qui renvoie clairement à une notion philosophique et spirituelle.
Cheyenne-Marie Carron : Avec le temps, je ne sais plus très bien si c'est la foi qui m'inspire, ou quelque chose de plus large et de plus accessible : l'intérêt profond pour le genre humain.
Ce qui me touche davantage que la croyance, c'est la question du sens et de la dignité. Croyant ou non, je pense qu'on peut se retrouver autour d'une idée simple : tenter de révéler, en soi et dans le regard qu'on porte sur l'autre, notre part d'humanité.
• Comment s’est déroulé le tournage, on imagine la complexité que représente le fait de réussir à obtenir des aides… Où avez-vous tourné exactement, et comment avez-vous casté vos acteurs ?
Cheyenne-Marie Carron : Comme souvent dans mes films, le tournage s'est fait avec des moyens modestes, mais une énergie collective réelle. Les acteurs venaient d'horizons très différents — ce qui était fondamental pour le film — et malgré mes craintes initiales, une vraie camaraderie s'est installée entre eux. Cette diversité a nourri le film, lui a donné une authenticité que je cherchais.
Pour les lieux de tournage, je resterai discrète : dans le film, l'action se situe quelque part à la frontière entre le Liban et Israël, et les paysages doivent inspirer cela. La réalité des décors… c'est une affaire de cuisine interne :)
Je vous dirai simplement que j’ai tourné des scènes dans le magnifique camp militaire de Canjuers et une chapelle paumée au sommet d’une colline dans le sud.
• Au final, s'il y avait quelque chose à faire - ou à refaire - ce serait quoi ? Nous nous sommes posés la question, compte tenu du sujet, des problèmes que vous avez du surmonter…
… et bien évidemment au vu du résultat, nous n’avons pas trouvé de réponses ! (rires)
Cheyenne-Marie Carron : Ah ! C'est gentil à vous.
Chaque film est une aventure imparfaite — et c'est précisément ce qui fait qu'on apprend. Mais au fond, je referais L'Eden de la même manière : avec les mêmes convictions, et surtout la même liberté. C'est tout ce que j'ai, et c'est tout ce qu'il me faut.
Le résumé : Joseph, 30 ans, chrétien de confession, se consacre à sa petite chapelle perdue sur les terres du Moyen-Orient. Régulièrement, il est amené à rencontrer des patrouilles de soldats israéliens et des religieuses dans un couvent. Dans ce contexte géopolitique tendu, il reste à l’écart du conflit et développe des relations amicales avec tous. Au fil du temps Joseph tissera une relation amicale, fraternelle, avec Ruben, soldat Israélien. Jusqu’au jour où leur chemin croiseront celui d’un Islamiste gravement blessé…
Sylvain Ménard, mars 2026
Merci à Cheyenne-Marie pour l’accès à ses photos personnelles
Photo d’illustration de couverture et photo de plateau, tous droits réservés, Cheyenne-Marie Carron
Liens articles :
Que notre Joie Demeure
https://www.cinemaradio.net/news/que-notre-joie-demeure-le-film-profondement-humain-et-poignant-realise-par-cheyenne-carron-sort-sur-nos-ecrans-le-24-avril-730
